LA VOIX HUMAINE (2018)



LA VOIX HUMAINE - Jean Cocteau
Adaptation théatrale, projet fictif (2018), ESTC - Lisbonne
Dans La voix humaine de Jean Cocteau, une femme, après quelques tentatives infructueuses, finit par joindre son destinataire au téléphone. Elle l’appelle «chéri», mais elle doit lui rendre leurs lettres et se montrer courageuse. À travers les non-dits et un moyen de communication défaillant, la pièce présente une rupture amoureuse difficile. Le personnage aime encore l’homme à qui elle parle, et a sans doute tenté de se suicider.
Pour cette adaptation, j’ai choisi de plonger le personnage au milieu de la rue (au centre de la scène) où sa solitude se voit décupler. L’instrument qui originellement est chargé de nous joindre aux autres vient ici l’isoler dans une bulle de glace. Le téléphone de la pièce devient une cabine téléphonique. Un mur virtuel et physique la coupe de tout réel contact. La solitude est également appuyée par la double cabine rappelant que le destinataire au bout du fil n’est pas là physiquement. Il y a ainsi une cabine aux parois encore intactes tandis que celles de l’autre sont brisées. D’un côté, la transparence de la cabine met en avant son corps crispé de souffrance, s’appuyant sur ces parois. Elles enferment et étouffent le personnage dans un nuage de fumée de cigarette. De l’autre, l’ossature de la cabine ressemble plutôt à une cage aux barreaux invisibles. En faisant les 100 pas autour de ces tiges métalliques, la femme finira même par s’y ligoter et presque s’étrangler avec le cable téléphonique. Sans porte, le personnage n’est pas pour autant ouvert au monde extérieur. La tension fluctue à cause des maintes ruptures de communication liées aux problèmes techniques du téléphone. Les néons bleutés et froids grésillent à l’image de cette sourde conversation.
Autour de la cabine, l’univers du port vit. Lieu mystique la nuit, il alterne entre le vide et le chaos. Quelques heures avant l’aube, un silence effrayant combat les bruits retentissants d’aventures nocturnes : déchirure ou émoi de couple, clochard alcoolisé au discours absurde, groupe de jeunes revenant de soirée, marin pensif admirant le large la clope au bec, bicyclette tranchant la scène à toute vitesse, chat qui passe à la fenêtre... Le corps des passants devient le décors. Tous ces éléments viennent perturber le monologue de la femme qui doit déjà affronter les coupures téléphoniques. Ils accentuent sa sensation de solitude face à l’incommunication. Ils accompagnent aussi ses variations d’états d’âme, notamment cette chute émotionnelle. Ils sont présentés comme des tableaux en mouvement suivant des moments clés. La disposition de nombreux escaliers allant vers la cabine reflètent ces hauts et bas, la femme étant évidemment sur la dernière marche avant la fosse où repose l’eau du port.
Au pied de la cabine une valise éclatée git sur le pavé. Des habits et des lettres d’amour trempent dans une flaque d’eau. Cet accessoire laisse présager la situation de crise que le personnage tente de camoufler au début de la conversation. Est-ce un départ avorté ? Est-ce là une volonté de tourner la page ? En vain, la femme se raccroche à la cabine téléphonique comme au reste d’un radeau à la dérive.
Au niveau des costumes, la femme porte une nuisette blanche trempée et un manteau d’homme. Est-ce celui de son amant ? Cette combinaison interroge sur l’impulsivité de la situation. On peut l’imaginer mimer l’attitude de son amant lorsque dans le texte elle tente de deviner et décrire la façon dont il est habillé ce soir-là.












