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O COCODRILO (2018)

LE CROCODILE - Fiodor Dostoievsky

Théatre de rue, projet fictif (2018), ESTC - Lisbonne.

 

Satire du monde capitaliste, la nouvelle de Dostoïevski raconte  « un évènement extraordinaire ou le récit véridique rapportant comment un monsieur d’un certain âge et d’un grande respectabilité fut avalé vif par le crocodile du ‘Passage’ et ce qu’il en advint ».

 

L’histoire se déroule principalement au Passage, un centre commercial bourgeois russe des années 1800. J’ai voulu mettre en scène le texte dans un «Passage» des temps modernes : La LX Factory. Situé à Alcantara, c’est une ancienne fabrique industrielle de tissus. Ce lieu est devenu un centre artistique bobo qui regroupe de nombreux restaurants, bars, magasins vintage et de petits ateliers exposant quelques travaux artistiques. Les murs de la fabrique ont également été recouverts de peintures Street art. Accompagné par le bourdonnement de l’autoroute voisine, on y retrouve un étonnant contraste mélangeant les ouvriers travailleurs et les visiteurs hipsters se prenant en selfie devant les fresques murales. Il m’a semblé intéressant d’y introduire un spectacle de rue rapportant un texte indirectement critique du lieu. Le crocodile lui-même est un monstre géant composé de déchets. Tout le long du spectacle, les ouvriers ajouteront de nouvelles poubelles aux tas d’ordures. Sa carcasse est principalement structurée par un container vert, un écho du village underground voisin. Celui-ci est paradoxalement vide, les résidus de la consommation en masse s’étale et pollue toute la place presque comme une sculpture. 

 

J’ai choisi de garder l’esprit burlesque et absurde du texte dans ma proposition de scénographie ainsi que pour les costumes.

Dès l’entrée dans la LX Factory, le public sera guidé vers le crocodile par une fausse équipe de journalistes en tournage. Habillés en peintre de bâtiment, ils semblent assister au scoop de l’année. À la manière de Photo Montage de Royal de Luxe, ils formatent le point de vue du public et le focalise sur des choses sans intérêt. Ils finiront leur parcours fascinés devant la poubelle géante du crocodile où l’histoire débute. Ces cadrages reflètent les commentaires subjectifs du narrateur témoin. Le narrateur est ici un personnage lunatique qui alterne entre un homme totalement blasé par la vie hors cadre et totalement hyperactif devant la caméra. 

Dans le texte, chaque personnage semble ne s’obstiner que par ses petits inconvénients alors qu’un drame vient de se dérouler sous leurs yeux. Le narrateur à peur du « qu’en-dira-t-on » de la haute bourgeoisie et des journaux. La femme va d’abord s’alerter mais très vite, elle s’accommode à sa vie de veuve visitée par son amant. Le propriétaire du crocodile et sa mère ne semble être intéressés que par l’argent qu’ils perdront si leur crocodile venait à mourrir. Yvan lui-même ne se préoccupe que de sa situation économique et de son retour au travail depuis le ventre du crocodile où il fabule un avenir glorieux. Pour appuyer ce comique de situation ridicule, j’ai voulu des personnages aux costumes extravagants et caricaturés où chacun semble enfermé dans son univers. 

Surnommée Madame Bonbon, Elena peut paraitre succulente au sens littérale ou au contraire à l’esthétique de parade superficielle totalement repoussante. Yvan est peut-être dans le monde de la mafia. Thimothéi lui est le cliché du sage bouddhiste mais en « profondeur »; il se moque de tout. La mère garde l’esprit d’une ancienne trapéziste tandis que son fils se conduit comme le cliché du touriste allemand aux sandales-chaussettes. 

Quand aux lieux, la maison de Thimothéi est composée de chaises de sauveteur de différentes tailles. Elle fait penser à une course au grade. Le salon d’Elena reflète le monde bourgeois qui se veut sous les projecteurs. 

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